Littérature

Festival de contes et menteries : une 10e édition qui promet

À l’occasion de sa 10ᵉ édition, qui se déroulera du 10 au 14 mars prochain, le Festival de contes et menteries célèbre une décennie d’histoires plus grandes que nature, de vérités enjolivées et de soirées où l’imaginaire prend toute la place. Porté par l’organisme Les Ami.e.s Imaginaires, l’événement s’est taillé une place bien à lui dans le paysage culturel, rassemblant conteuses, conteurs et publics avides de récits qui font rire, réfléchir, trembler et rêver.

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Publié le : 18 février 2026

Pour souligner cet anniversaire, nous avons échangé avec Yolaine, la directrice générale et artistique du festival, afin de plonger au cœur de cette édition : choix artistiques, traditions festives, inclusivité, coups de cœur et visions d’avenir. Dix ans plus tard, comment continue-t-on à surprendre avec l’art millénaire du conte? Conversation autour d’un festival où la menterie devient un art… et la parole, un terrain de jeu.

Ce festival met à l’honneur les contes et les menteries. Quelles distinctions – ou associations! – faites-vous entre le genre du conte oral et les mensonges? En d'autres mots : pourquoi associez-vous contes et menteries?

Tout d'abord, c'est justement la menterie et le mensonge qu'il faut distinguer. Comme l'a dit le conteur André Lemelin, le mensonge est fait pour tromper, dans le but d'abuser d'une situation ou d'une personne, alors que la menterie est faite pour divertir. La menterie est donc une forme de conte, d'art de la parole. C'est, en général, une aventure rocambolesque. Elle est racontée comme étant vraie mais aussi, habituellement, à la première personne du singulier. Nous aimons bien dire que la menterie est une histoire où un poisson continue de grandir après avoir été pêché et sa grosseur est proportionnelle au temps que ça prend pour retourner au quai. Mais la menterie ne parle pas nécessairement de pêche. C'est un art de l'exagération qui peut aborder toutes sortes de thèmes et de sujets et, ce faisant, toutes sortes d'émotions. 

Le festival en est à sa 10e édition. Comment décririez-vous l’évolution du Festival de contes et menteries de Québec au fil de ces dix années? Qu’est-ce qui a le plus changé depuis la première édition?

On le dit souvent, le milieu culturel est en mouvance. Le public évolue et, au fil des changements chez les bailleurs de fonds et partenaires, la programmation doit souvent évoluer de concert. Le festival lui-même est le résultat de changements majeurs dans notre programmation. Il en est à sa 10e édition mais ça fera bientôt 20 ans que l'organisme Les Ami.e.s Imaginaires organise et diffuse des événements et activités autour du conte. Le festival est né lorsque nous avons fusionné le Festival de contes jeunesses et la Grande fin de semaine de la menterie. L'événement qui est alors apparu a dû bien sûr composer avec toutes sortes d'aléas au fil des années mais, ce qui est le plus évident, c'est l'évolution dans la qualité des menteries présentées au festival. Plus les artistes se familiarisent avec cette forme de conte, plus elles et ils la portent loin et la raffinent.

Des contes, est-ce que ça fait nécessairement rire ou toute la gamme d’émotions se rencontrent au fil des événements de ce festival?

C'est là, justement, que réside une grande part de la magie du conte, selon nous. La variété des thèmes et sujets, la multiplicité des voix et des personnalités artistiques, la diversité des types de récits, nous emmènent systématiquement vers une riche gamme d'émotions. Ainsi, bien qu'il y ait des types de spectacles qui soient plus propice à la transmission et d'autres qui tendent plus vers le divertissement, l'humour est un des modes du conte mais certainement pas le seul.

Pouvez-vous nous parler de la soirée LSQ-français qui aura lieu le 12 mars ? Quelle particularité y a-t-il à présenter des contes en langue des signes?

La préparation d’une expérience bilingue en langue des signes québécoise et en français demande beaucoup de soin et de temps. Pour que la réinterprétation d’une prestation respecte les champs lexical et poétique de l’artiste qui l’a composée, il faut en saisir l'ambiance et les émotions qui la traversent. Il y a donc tout un travail qui est fait avec des interprètes LSQ en amont. De plus, les histoires ne sont pas apprises par cœur mais sont racontées simultanément dans les deux langues. Quand il s'agit d'un.e artiste sourd.e qui raconte en LSQ, l'interprète, qui a pris le temps de travailler avec l'artiste, devient sa voix francophone et saura aussi interpréter la part d'improvisation qui va se déployer avec le public. Par ailleurs, quand un.e artiste raconte en français, il ou elle est réinterprété en LSQ par un.e artiste sourd.e. Pour réussir à synchroniser les deux versions du récit, on utilise des interprètes de relais, qui signent ce qui est conté en français. Ça permet à l'artiste sourd.e de s'accorder au rythme de son ou sa collègue.

Les vendredi 13 mars et samedi 14 mars, les spectateurs sont invités à assister aux prestations de conteuses et conteurs qui participent aux concours de menteries. C’est d’ailleurs un moment très attendu du festival. Comment se déroule un tel concours et que faut-il faire pour remporter les lauriers? 

Il y a deux cohortes de cinq conteuses et conteurs qui participent aux concours de menteries cette année. Les artistes de la cohorte 1 s'affronteront le vendredi 13 mars à 20h et la cohorte 2 participera au concours du samedi 14 mars à 20h.

Lors de nos concours, chaque artiste doit conter une menterie d’une durée d’au moins 9 minutes et d’au plus 11 minutes. Comme nous le disions plus tôt, c'est une histoire racontée à la première personne du singulier et tenue pour vraie. On ne cherche pas à distinguer ce qui est faux ou véridique. On le sait que c'est une menterie et on embarque dans l'aventure ! L'une des particularités de nos concours, c'est la présence d'un jury. Pendant la menterie, le juge de ligne et chasseur de temps surveille le chronomètre. Il utilise des appeaux d'animaux pour avertir le menteur ou la menteuse quand il ou elle aura atteint le temps minimum de 9 minutes et, à la 10e minute, il lui donne le signal que c'est l'heure de conclure. Lorsque la 11e minute est atteinte, on entend le cri du dindon sauvage. La menteuse ou le menteur doit alors terminer au plus vite, au risque d'être disqualifié.e.

Après avoir raconté son aventure épique, l'artiste doit répondre aux questions des juges, qui testent souvent la cohérence du récit et le niveau de maîtrise du sujet par l'artiste.

Une fois que les cinq artistes ont été entendu.e.s, le jury se retire pour délibérer et le public se dirige aux urnes pour choisir sa menterie préférée.

Quelle est, selon vous, la place du festival dans la valorisation du conte et de l’imaginaire au Québec ?

Il existe une multitude d'événements autour du conte à travers la province. Grâce au festival, nous contribuons à diversifier les occasions de (re)découvrir le conte et de cultiver son imaginaire. 

Existe-t-il une communauté des conteuses et conteurs à Québec? Quand et comment se rencontrent-ils; comment fait-on un jour le pas pour en faire partie?

Plusieurs conteuses et conteurs de la région font partie du Cercle du conte de Québec, une association qui réunit des membres aux profils diversifiés. Dans ce groupe, les personnes amatrices de conte et d'arts de la parole côtoient autant la relève que les pros. Toute personne qui s'intéresse à conter et/ou écouter est bienvenue! On peut contacter l'association à info@cercleducontedequebec.org pour connaître les dates et lieux des rencontres.

À l’occasion de ce 10e anniversaire, avez-vous une anecdote marquante ou un souvenir précieux de festival à partager?

Au fil des éditions, nous avons vécu toutes sortes d'aventures humaines précieuses. L'expérience la plus significative est sans contredit celle de regarder les gens sortir de la salle avec des sourires et des étoiles dans les yeux.

 

Pour découvrir toute la programmation du festival, c’est par ici

Du 26 février au 14 mars, quatre capsules humoristiques sur le conte et la menterie seront diffusées sur les ondes de CKRL 89,1. Il est cependant possible d’écouter dès maintenant deux de ces capsules créées pour l’édition 2025 du Festival de contes et menteries de Québec, question de vous donnez un avant-goût du festival!