Pourquoi ça compte, le 12 février?
Un billet de spectacle, une entrée au musée, une soirée de théâtre : le 12 février, le public est invité à poser un geste simple, mais porteur — acheter un billet pour une sortie culturelle québécoise. Derrière ce geste se cachent des impacts importants pour les artistes et les lieux de diffusion de nos régions.
...Inspirée par le festif et maintenant incontournable Le 12 août, j’achète un livre québécois!, la journée Le 12 février j'achète un billet pour une sortie culturelle québécoise, lancée en 2025 par la cinéaste Myriam Verreault, permet au public de poser un geste concret pour démontrer son appui envers notre milieu artistique. Pour comprendre le poids réel d'une journée consacrée, à l'échelle provinciale, à l'achat d'un billet, Ose média est est allé à la rencontre de joueurs culturels importants - Le Périscope et Le Pantoum - afin qu’ils nous racontent pourquoi ce rendez-vous annuel compte et de quelle façon le soutien du public nourrit concrètement la vitalité culturelle d’ici.
D'entrée de jeu, on plonge dans la relation entre le public et les créateurs. « Le 12 février, c’est une occasion de célébrer ce qui nous relie », nous explique Élie St-Cyr, coordonnateur artistique au théâtre Périscope, à Québec. « Le théâtre existe parce qu’on choisit de se rencontrer, ensemble, dans la même salle, au même moment. Cette journée-là, on souligne la force de ce lien et on se rappelle que notre culture grandit quand on décide, comme citoyens, d’avancer côte à côte, et d’affirmer qu’on appartient. C’est une belle façon de se redonner de l’élan collectif. », ajoute-t-il.
Une offre pour tous les goûts
Le Périscope, qui avait jusqu’à tout récemment à l’affiche la pièce de théâtre d’objets - une performance scénographique comme on les appelle - Le Magasin, est justement un lieu pour oser la découverte. Juste vide ton coeur, le spectacle à l’affiche du 18 au 21 février, propose de nous faire vivre une expérience poétique à mi-chemin entre le slam, le théâtre, la drag et la confession, le tout dans une approche décomplexé, parfois absurde, qui utilise aussi le chiac, la langue de l'interprète à l’honneur. Début avril, c’est Bacchanale qui mettra le feu à la scène, avec la mise en scène de six femmes représentant chacune une génération, une posture, une révolte. Ici, on fera place à la déraison, à l’irrationnel, au cri de désir : on vous invite à un théâtre pulsionnel.
En s’attardant à la programmation du Périscope, on réalise qu’il y en a pour tous les goûts et que ceux ou celles qui hésitent à faire l’expérience de s’acheter un billet n’ont peut-être aucune raison de bouder ce plaisir. Et à ceux-ci, Élie St-Cyr leur répondrait que le théâtre québécois est accueillant et surprenant, parfois même bien plus qu’on l’imagine : « On ne vient pas seulement pour se reconnaître, mais pour découvrir quelque chose de vivant, de sensible, qui peut nous toucher, nous faire rire, nous faire penser autrement. Et en venant, on marche aux côtés des artistes d’ici qui créent pour nous rassembler. C’est un geste simple qui fait réellement du bien… d’abord à soi! »
Un geste à l’impact réel et tangible
Le Pantoum, situé dans le quartier St-Roch de Québec, est un complexe de création musicale opéré par une communauté de travailleur.se.s du milieu culturel. Sa mission consiste à renforcer et à diffuser la communauté artistique par des moyens alternatifs et innovateurs, ce qui prend principalement la force d’une généreuse offre de spectacles diffusés. À la tête du Pantoum, Émilie Tremblay occupe le poste de directrice générale. Pour une salle comme la sienne, acheter un billet de spectacle a un impact immense : « Concrètement, ce geste a une très grande importance. Acheter son billet à l’avance, c’est soutenir de façon directe les lieux de diffusion indépendants comme le nôtre, en plus de soutenir les artistes. Nous évoluons dans un milieu précaire, et l’achat d’un billet est une façon simple et concrète de nous appuyer, tout en venant découvrir des artistes de talent. », nous explique-t-elle.
Lorsqu’on lui demande si elle croit qu’une partie du public sous-estime encore le rôle que jouent les salles de musique actuelle dans la vitalité culturelle et artistique de la région, elle hésite à se positionner de façon définitive, mais tiens à mentionner qu’il y a certes encore un manque d’information qui circule à cet égard. « Les salles de musique jouent un rôle important, et c’est prouvé. Elles génèrent plusieurs retombées positives et significatives pour un quartier, une ville ou une région, autant sur le plan culturel qu’économique. Une salle de diffusion fait une réelle différence dans la vitalité d’une communauté. ».
Et les paroles d’Émilie Tremblay sont tout à fait en phase avec le Rapport d’étude sur les impacts socio-économiques des diffuseurs pluridisciplinaires de Réseau Scènes, intitulé Construire des partenariats durables avec les milieux municipaux et régionaux. Ce rapport souligne que « les impacts économiques des diffuseurs en arts de la scène sont parfois méconnus, incompris ou même banalisés. Encore aujourd’hui, associer la culture et l’économie n’est pas un réflexe. ». On y lit aussi des chiffres concrets : en moyenne, 59,53 $ par client du diffuseur sont dépensés dans l’économie locale lors d’une soirée de spectacle, et ce, en excluant la billetterie. On y lit aussi qu’il est estimé que pour chaque dollar investi par le diffuseur, c’est 1,22 $ qui est réinvesti dans les commerces locaux par les clients du diffuseur.
Ainsi, acheter un billet le 12 février, ce n’est pas seulement soutenir son milieu artistique, mais c’est également soutenir sa communauté.
