La Fab : pour que les artistes recyclent le plastique
Un nouvel espace de fabrication numérique ouvre ses portes à Québec avec une idée en tête : ne pas seulement fabriquer, mais réfléchir à ce que l’on fabrique, aux matériaux que l’on utilise et à ce qu’ils deviennent ensuite. La Fab, fruit d’une collaboration entre Interférences, arts et technologies et La Charpente des fauves, mise ainsi sur la circularité, le partage des savoirs et l’expérimentation.
Après plusieurs années de recherche et de réflexion sur l’écoconception appliquée aux espaces de fabrication technologique, La Fab voit finalement le jour dans les locaux de La Charpente des fauves, dans le quartier Saint-Roch de Québec. Inspiré du mouvement des Fab Labs, ce nouvel espace se veut à la fois un lieu de création, d’expérimentation et de transmission destiné à la communauté artistique de Québec.
Sa particularité? Un atelier de micro-recyclage du plastique, une première au Québec. Inspiré du mouvement international Precious Plastic, l’atelier permet de broyer, de fondre et d’extruder du plastique postconsommation afin de lui donner une seconde vie comme matière première pour les artistes.
Mais La Fab ne se limite pas au recyclage. Impression 3D, découpe laser, fabrication électronique, conception numérique, sérigraphie et couture font également partie des possibilités offertes dans cet espace communautaire. Son environnement modulable, sa chambre noire et sa table lumineuse permettent par ailleurs d’accueillir des projets aux formes variées, des arts visuels aux pratiques artisanales.

Un Fab Lab de plus? Pas vraiment
À Québec, les espaces consacrés à la fabrication technologique se multiplient. On en retrouve notamment au Musée de la civilisation, à la Maison des métiers d’art et à la Bibliothèque Gabrielle-Roy. Pour Fnoune Taha, conseillère en développement culturel chez Culture Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches, La Fab s’inscrit donc dans un écosystème déjà en développement, mais avec la volonté de répondre à un besoin précis.
« La Fab est un ajout important pour la communauté artistique qui peut en disposer », souligne-t-elle. Son fonctionnement administratif sera d’ailleurs appelé à évoluer avec la communauté artistique qui gravite autour de La Charpente des fauves : « Chacun pourra donner son avis sur le meilleur fonctionnement à venir. »
Cette approche collaborative est au cœur du projet. Plutôt que de concevoir un lieu figé, La Fab souhaite se construire avec les artistes qui l’utiliseront et qui pourront contribuer à définir ses façons de faire. Et c’est notamment ce qui permettra à l’espace de se distinguer des autres initiatives existantes. « L'objectif pour la Charpente n'est pas d'ajouter mais de complémenter l'offre de service à la communauté culturelle », précise Fnoune Taha.
Donner une deuxième vie aux matières
L’écoconception occupe une place centrale dans cette volonté de complémentarité. Grâce à son atelier de micro-recyclage, La Fab souhaite notamment permettre aux artistes de considérer leurs déchets autrement : non plus uniquement comme des matières dont il faut se débarrasser, mais comme des ressources susceptibles d’être réutilisées dans de nouveaux projets.
« L’aspect du recyclage, de l’écoresponsabilité, ainsi que son partenariat avec La Remise culturelle prédisposent La Fab à avoir un impact plus grand que juste sur la communauté culturelle », estime Fnoune Taha.
Cette collaboration avec La Remise culturelle, organisme québécois qui accompagne le milieu culturel dans sa transition socioécologique, se prolonge d’ailleurs dans une autre initiative lancée parallèlement par Interférences : une base de données de matériaux alternatifs et à moindre impact.
Cette ressource professionnelle permet de parcourir un catalogue de matériaux circulaires, alternatifs ou biosourcés — peintures, huiles, colles, pigments, matières brutes et autres — et de faciliter leur accès pour les créateurs et créatrices. Plusieurs produits sont également disponibles en vrac à la matériauthèque de La Remise.
L’objectif est ainsi de favoriser l’utilisation de ces ressources à La Fab et, plus largement, de faciliter la transition vers des pratiques de fabrication artistique moins dommageables pour l’environnement.
Penser l’après
Au-delà des outils et des matériaux disponibles, La Fab porte aussi une réflexion plus large sur l’innovation. Car pour Fnoune Taha, l’enjeu ne s’arrête pas au moment où une nouvelle technologie ou une nouvelle façon de faire est mise au point. « Enfin, l'innovation est une des orientations de La Fab de la Charpente mais plus que cela, il s'agit aussi de développer l'après, de réfléchir plus en profondeur à la matière, à son utilisation et ses développements. Que se passe-t-il après l'innovation, telle est la question. »
Cette question résume bien l’esprit du projet. Que devient une matière une fois qu’elle a été transformée? Que peut-on en faire ensuite? Comment les connaissances développées par un artiste peuvent-elles profiter à d’autres? Et comment une technologie peut-elle s’inscrire dans une démarche de création plus responsable?
La Fab veut justement offrir un endroit où ces questions peuvent être expérimentées concrètement.
Un lieu pour expérimenter et transmettre
La mission de La Fab ne s’arrêtera toutefois pas aux murs de l’atelier. Des journées de réflexion et de formation, des laboratoires, des tables rondes, des démonstrations et différentes activités destinées à la communauté artistique de Québec y seront organisées.
Les connaissances développées au fil des expérimentations seront également diffusées sur Le robinet, la plateforme gratuite de mutualisation et de diffusion des savoirs en arts numériques lancée par Interférences en 2024. La plateforme, qui recense déjà différentes pratiques écoresponsables, pourra ainsi s’enrichir de nouvelles expériences liées notamment à l’utilisation de matériaux recyclés.
La Fab devient donc à la fois un lieu physique et un espace de transmission : on y fabrique, on y teste, on y apprend, mais on partage aussi ce qui y est découvert. À travers ce projet, Interférences, arts et technologies ainsi que La Charpente des fauves souhaitent contribuer à l’évolution des pratiques artistiques soucieuses de leur impact environnemental, tout en favorisant les rencontres entre disciplines, technologies et savoir-faire.
