Histoire et Patrimoine

Pierre Lahoud : un amoureux du patrimoine

À l’occasion des Prix du patrimoine, le porte-parole Pierre Lahoud signe quatre courts textes inspirés qui rappellent, avec sensibilité, la richesse et la fragilité de notre héritage collectif. Qu’il soit question de traditions vivantes, de paysages culturels, de transmission ou de conservation, ses mots illustrent combien le patrimoine façonne notre identité et mérite d’être célébré.

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Publié le : 17 février 2026

Alors que la période de mise en candidature a cours jusqu’au 1er mars 2026, cet appel résonne comme une invitation à faire connaître les initiatives et les personnes qui protègent, transmettent et mettent en valeur ce patrimoine vivant. Découvrez ainsi ci-dessous les quatre textes de monsieur Lahoud. 

 


Le patrimoine, ça se sent aussi!


« Le fromage, c’est de tradition dans ma famille. Ils sont arrivés au pays en 1664 et probablement qu’ils avaient des bactéries à bord du bateau…Ah le fromage… je fais ça avec amour… À mon goût, mon fromage goûte l’amande… »

- Gérard Aubin

« On fait du fromage en maints endroits. Mais celui de l’Île d’Orléans est regardé comme le meilleur. Petit, mince, rond de forme et de quatre à la livre de France, il se vend trente sous la douzaine. »
- Voyages dans l’Amérique du Nord, Pehr Kalm, 1749

 

S’il y a un véritable produit du terroir au Québec, c’est bien le fromage de l’Île d’Orléans. Déjà au XVIIe siècle, les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec en passaient des commandes aux familles de Saint-Pierre.

La tradition veut que ce savoir-faire culinaire provienne de la région de Champagne, en France. Pendant plus de 300 ans, les femmes de Saint-Pierre ont produit ce petit fromage rond à pâte molle.

Gérard Aubin a été le dernier détenteur de cette recette que sa famille produisait depuis 1664, et peut-être même avant. Il a souvent lancé l’alarme pour sauver ce patrimoine unique et il a finalement été entendu par Jocelyn Labbé, de Sainte-Famille.

C’est à une véritable enquête de détective qu’un professeur de l’Université Laval se lancera, car M. Aubin était incapable de reproduire son fromage ailleurs que dans sa maison.

Les recherches, qui auront duré une dizaine d’années, notent que le goût caractéristique proviendrait de microorganismes qui se sont développés sur des roseaux poussant au nord de l’île et qui étaient utilisés par les habitants pour fabriquer les petits tapis sur lesquels on déposait le fromage pour le faire sécher.

La maison de M. Aubin était « contaminée » par ces microorganismes. Il fallait donc les prélever, les isoler, les reproduire et ensuite les pulvériser dans la nouvelle fromagerie, située tout à côté de la Maison Drouin.

Jocelyn Labbé et Diane Marcoux se sont donc lancés dans cette aventure extraordinaire pour sauvegarder un de nos trésors du patrimoine culinaire de la Nouvelle-France. Ils ont réussi, et le Québec a ainsi sauvé un trésor inestimable!

Vous connaissez une tradition, un savoir-faire ou un gardien de mémoire qui mérite d’être reconnu? Déposez cette candidature au Prix du patrimoine 2026! 

 

 
Un territoire habité par l’histoire… et par l’avenir 

« On nous a confirmé qu'on avait un bijou entre les mains », disait le maire de Rivière-Ouelle.

Si la beauté du doux pays de Kamouraska est déjà reconnue, elle l’est maintenant officiellement par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) qui a classé le 22 août 2024 le paysage culturel patrimonial du littoral de Rivière-Ouelle. Il comprend les Pointes aux Iroquois et aux Orignaux, ainsi que le littoral entre celles-ci avec ses bâtiments et son quai. Il s'agit d'un paysage de 149 hectares. Ce secteur a autrefois été occupé par les Iroquois, avant le début du XVIe siècle, d'où le nom de la pointe.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec précise que ce territoire, formé de crêtes rocheuses boisées en bordure du fleuve Saint-Laurent, présente une faune et une flore caractéristiques du littoral. Légalement parlant, on veut protéger le paysage. On ne veut pas le densifier à outrance.

Les citoyens de Rivière-Ouelle, avec l'appui de la municipalité et de la MRC, ont multiplié les démarches depuis 2009 pour que ce patrimoine vivant soit reconnu par le gouvernement du Québec.

Pour l'instant, il n'y a qu'un seul paysage culturel patrimonial désigné au Québec, celui de l'arrondissement historique du Vieux-Québec.

 L'objectif, c'est qu'il y en ait d'autres et que ça donne le ton à plusieurs régions du Québec.

Le site est animé pendant l'été par un groupe de citoyens bénévoles qui occupent la petite chapelle et réalisent l'interprétation pour le plus grand bonheur des visiteurs.
Voilà un bel exemple à suivre.

Connaissez-vous un projet qui protège et met en valeur notre territoire? Déposez cette candidature au Prix du patrimoine 2026! 

 


Interpréter le patrimoine, c'est lui redonner une voix

Plusieurs exemples me viennent à l’esprit lorsqu’on parle d’interprétation, notamment le Musée de la mémoire vivante à Saint-Jean-Port-Joli. L’ancien manoir de Philippe Aubert de Gaspé avait brûlé en 1909, mais il est resté ancré dans la mémoire des gens, à tel point qu’on en retrouve des copies un peu partout sur le territoire, que ce soit des hôtels de ville, des motels ou de simples maisons. Quand un groupe de citoyens s’est levé pour créer un musée, il allait de soi que ce devait être dans l’esprit de l’ancien manoir. Le souvenir ancré dans la mémoire des gens a permis qu’on le reconstruise tel qu’il avait été. On a présentement un témoin de ce bâtiment exceptionnel qui a longtemps représenté le type du manoir seigneurial en Nouvelle-France.

Deux autres cas sont aussi remarquables : la Maison Drouin et le Manoir Mauvide-Genest à l’Île d’Orléans. Dans les deux cas, ces bâtiments exceptionnels du patrimoine québécois étaient laissés à l’abandon. La restauration a été effectuée avec un grand professionnalisme et la mise en valeur s’est attachée à interpréter le bâtiment pour ce qu’il était. Donc, pas de mise en valeur étourdissante, mais plutôt l’utilisation du lieu comme un artéfact à interpréter.

Enfin, la diffusion du patrimoine dans la région de la Capitale-Nationale est tout à fait remarquable. On n’a qu’à recenser les nombreuses conférences mensuelles produites par les organismes patrimoniaux, sociétés historiques, municipalités et MRC. Presque tous les sujets y sont abordés, de la médecine à l’architecture en passant par les petits patrimoines. Et que dire des nombreuses expositions intérieures et extérieures qui parsèment le territoire : il y a du choix, de la variété et beaucoup de contenu. Nous sommes vraiment une région favorisée.

Connaissez-vous une initiative inspirante qui redonne voix au patrimoine? Déposez cette candidature au Prix du patrimoine 2026! 


Préserver, c'est bâtir le patrimoine de demain

Au lieu-dit de la Chevrotière, un peu à l’ouest de Deschambault-Grondines, se trouve un immense moulin de pierre construit en 1802 par le seigneur François Chavigny de la Chevrotière. Il a servi à moudre la farine, carder et fouler la laine jusqu’à la cessation de ses activités en 1955.

Le moulin de La Chevrotière, un édifice d’inspiration française érigé en 1802, est l’élément central d’un site d’un grand intérêt architectural, patrimonial et naturel, à l’embouchure de la rivière La Chevrotière, dans un ancien tronçon du Chemin du Roy. On y présente une exposition permanente intitulée « Savoir, faire, durer : l’art des gens de métier ». Les thématiques développées sont liées aux métiers traditionnels du bois, du fer et de la pierre. Une section de l’exposition traite aussi de l’histoire du moulin banal et de celle de la famille seigneuriale, alors qu’à l’étage, quelques espaces ont été réservés à l’histoire des navigateurs et des constructeurs de goélettes du Saint-Laurent.

Laissé à l’abandon, ce bâtiment imposant et exceptionnel menaçait de s’écrouler. C’est à ce moment que des amoureux du patrimoine fondent un organisme voué à sa sauvegarde. On est en 1975 : le ministre des Affaires culturelles de l’époque, Jean-Paul L'Allier, le classe comme monument historique et, deux ans plus tard, la municipalité de Deschambault, avec à sa tête un autre visionnaire du patrimoine, l’acquiert et le restaure.

Aujourd’hui, le moulin est ouvert au public, présente des expositions et témoigne généreusement du savoir-faire des constructeurs et de tous ceux qui se sont impliqués dans la sauvegarde du patrimoine à Deschambault-Grondines.

Géré par l’organisme Culture et Patrimoine Deschambault-Grondines, dont la mission est de veiller à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine de la municipalité et de faire de cette richesse collective une plateforme identitaire et un outil d’affirmation et de rayonnement culturels. Cette mission s’actualise principalement dans la gestion de lieux patrimoniaux nommément reconnus : le Vieux Presbytère de Deschambault, le moulin de La Chevrotière et le Moulin à vent de Grondines.

Le slogan de l’organisme, « La vie à l’œuvre », traduit à la fois l’importance de préserver l’héritage de nos prédécesseurs et la nécessité de créer le patrimoine de demain.

Voilà bien la preuve que la conservation et la préservation du patrimoine constituent des atouts importants pour la société!

Votre milieu protège un bâtiment ou un site patrimonial? Déposez cette candidature au Prix du patrimoine 2026!