Incursion dans le Portrait d’un paysage d’Angélique Amyot
Avec Portrait d’un paysage, le collectif multidisciplinaire Austarda - porté par Angélique Amyot et Roger Cournoyer - tissent un lien subtil entre la danse, la musique et la terre, là où l’humain devient témoin et partie prenante de ce qui l’entoure.
...Et si le paysage avait un visage, une voix, un mouvement?
À travers une démarche profondément réfléchie, la chorégraphe et intervenante sociale Angélique Amyot explore la perméabilité entre les corps, les lieux et les récits, aux côtés de Roger Cournoyer, musicien et concepteur sonore. Loin des scènes traditionnelles, le projet (récipiendaire d’une bourse du Programme de partenariat territorial de la Ville de Québec) se déploiera in situ entre champs et fermes, à la rencontre des agricultrices et agriculteurs ainsi que des citoyennes et citoyens, puis de ce qui pousse – en nous comme autour de nous. Dans cette entrevue, Angélique Amyot partage sa vision d’un art qui écoute, dialogue et se transforme au rythme du vivant.
Comment décririez-vous votre projet?
Portrait d’un paysage, imaginé et porté par le collectif Austarda, est une rencontre, une recherche créative et réflexive entre artistes improvisateurs du milieu de la musique et de la danse et un partage avec des citoyens en milieu urbain et rural.
- Qu’est-ce qu’un paysage?
- Selon quel point de vue?
- Sommes-nous le paysage ou sommes-nous ses témoins?
- Qu’en est-il du public à l’égard des performeurs? À qui s’adresse-t-on?
- Quel est son portrait?
- Est-ce un paysage naturel, politique, philosophique, symbolique, esthétique…?
Toutes ces questions font partie des points de départ et repères du travail.

Un de vos objectifs est de « Créer des ponts communiquant entre les sphères de la danse contemporaine, de la musique nouvelle et de l’agriculture de proximité. » Quelle(s) forme(s), concrètement, aimeriez-vous voir émerger de cet amalgame et pourquoi avoir choisi le milieu agricole en particulier pour y situer votre projet?
Les 6 artistes (Roger Cournoyer, Angélique Amyot, Valérie Pitre, Simon Doyon, Raphaël Guay et Ève Rousseau-Cyr) ont des parcours différents et des expertises singulières. Nous aimerions échanger et transmettre entre nous certaines stratégies et notions de jeu et de composition, que ce soit dans le mouvement ou dans le son, à la fois pour sortir de sa zone de confort, apprendre des autres et créer un langage commun. C’est un fin rapport entre « être soi dans un ensemble et être ensemble, tout en étant avec soi ». Plusieurs parallèles sont faits avec des principes de la permaculture: la diversité, l’observation, l’entraide, la durabilité, le partage de ressources et la notion de prendre soin.
Austarda a choisi le milieu agricole pour se rapprocher de la terre et des personnes qui la côtoient quotidiennement et qui en font profiter la population, soit les agriculteurs. Portrait d’un paysage permettra de s’inspirer de la terre agricole, mais aussi de redonner aux agriculteurs un moment poétique dans leur quotidien, par une performance. C’est l’occasion d’échanger sur nos réalités respectives et de se permettre d’observer autrement et de connaître diverses ressources existantes.
Une dimension particulière de ce projet semble être la participation du public: il est effectivement novateur de vouloir « égaliser le rapport “artiste et spectateur” ». Comment souhaitez-vous que les interactions avec le public enrichissent l’expérience artistique, et quelles formes prendront ces interactions?
Les interactions font partie de l’expérience humaine et artistique. L’intention n’est pas particulièrement d’échanger sur « j’ai aimé ou je n’ai pas aimé », mais davantage sur ce que le spectateur/témoin a vécu. Qu’est-ce que la personne a vu, imaginé, ressenti? Quel est son propre portrait de son expérience.
Nous aimerions tester des dispositions, comme le public autour des performeurs, au travers ou encore, en déambulation. Comment a-t-il trouvé son expérience en étant dans cette disposition: inclus, immergé, touché ou envahi, brusqué, agressé…? Chaque vécu est propre à la personne, mais il nous est important et pertinent d’ouvrir l’échange à ce propos, par une discussion ou par la possibilité d’écrire sur ce moment éphémère.

Crédit photo: David Cannon
Dans votre projet, l'improvisation – musicale comme dansée – joue un rôle central. Comment arrivez-vous à équilibrer l’intuition et l’intention dans une performance collective, et pourquoi était-il important pour vous de faire une collaboration forte entre le milieu de la musique et celui de la danse?
Beaucoup de paramètres sont à prendre en compte avant et pendant une performance. Nous avons certaines clés que nous définissons collectivement, mais nous faisons confiance au moment présent. Nous apprenons à développer une idée personnelle et de groupe, tout en se demandant: de quoi l’espace a-t-il besoin? C’est une façon de naviguer entre un ressenti et un choix intentionnel. À six personnes, nous avons besoin de laisser le temps et l’espace de manière visible et invisible prendre forme: un solo, un trio, un silence, un chaos… Les notions de présence et de disponibilité sont essentielles pour rester à l’écoute de soi et de l’environnement qui nous entoure.
Nous avons le désir de mettre en lumière le milieu de la danse et de la musique comme partenaires. Ce ne sont pas des danseuses qui suivent la musique, ni la musique qui suit la danse. Chaque élément a son importance et sa propre histoire en parallèle. Ces deux pratiques artistiques sont à la fois similaires et complémentaires, avec les notions de temps, d’espace, de forme et d’énergie. Les paysages deviennent parfois sonores, visuels et même sensoriels.
